Quelles Géostratégies pour l’enseignement supérieur en Tunisie ?

Quelles Géostratégies pour l’enseignement supérieur en Tunisie ?

OPINIONS – 11.09.2012

 http://www.leaders.com.tn/article/9257-quelles-geostrategies-pour-l-enseignement-superieur-en-tunisie

La La Tunisie a choisi le défi de l’enseignement  et de l’éducation comme vecteur de développement depuis son indépendance en 1956 et à contre-courant de tous les pays récemment  libérés du  colonialisme.

Au cours des dernières décennies, la majeure partie des ressources nationales a été consacrée au secteur de l’enseignement et de l’éducation.

Mais, entretemps, le fossé s’est creusé de plus en plus entre les capacités de production de l’enseignement et  le modèle économique du pays qui n’arrive  pas à suivre au niveau de l’emploi.

Aujourd’hui après la révolution, il faut  penser à relever les défis auxquels l’enseignement supérieur se trouve confronté.

Les citoyens ont le droit de  s’interroger sur la justification de la priorité attribuée à l’éducation et la légitimité de l’importance financière accordée pour le développement de ce secteur. Il faut reconnaître qu’il règne une grande opacité sur les performances de nos établissements d’enseignement supérieur.

Le phénomène mondial récent de classement  des universités a suscité aussi les interrogations de nos hommes politiques sur les performances  de notre modèle.

L’intérêt  de ces fameux classements  tient davantage à leur effet mobilisateur et sensibilisateur qu’à leur valeur intrinsèque et ne reflète que partiellement  la réalité mondiale de l’enseignement  supérieur.

En Tunisie il y a  aujourd’hui un consensus sur la nécessité de changement dans l’enseignement supérieur, mais c’est sa mise en œuvre qui pose problème. La plupart des partis considèrent que le système LMD est  à l’origine de tous les maux de notre système universitaire. La démarche à adopter est de répondre aux problématiques posées par la professionnalisation du système LMD.

 

L’enseignement professionnel est par essence incompatible avec la massification des enseignements.
Le processus de création des filières professionnelles ne doit pas être une approche descendante (top-down), arbitraire dictée par la tutelle, mais une approche ascendante (bottom-up) émanant  de l’enseignant au chef d’établissement à l’autorité de régulation en passant par le chef de département.

Il s’agit aussi de penser au cycle de vie des filières : une formation, un module, naît, vit, meurt.
Une filière qui n’offre aucune opportunité doit être fermée ou remaniée. Les outils qui permettent ce suivi sont : l’observatoire des métiers,  les enquêtes, l’association des anciens élèves, les colloques université-entreprises, ou, plus simplement, le carnet  d’adresse du chef de département.

Au niveau de la  licence, la formation fondamentale est la règle, la professionnalisation est une exception. En Mastère le principe est inversée? c’est-à-dire le Mastère recherche devient l’exception.

Car le savoir-faire nécessaire à la professionnalisation ne s’apprend que par la pratique.  Ainsi le matériel de travaux pratiques doit être renouvelé fréquemment et le « coût d’usage » de ces matériels est particulièrement élevé car ils deviennent plus rapidement obsolètes.

Le nombre de salles requises pour une formation professionnelle est plus élevé que pour la même formation générale. De même, d’un point de vue pédagogique, la professionnalisation revient à substituer la méthode inductive à la méthode déductive et l’importance primordiale est accordée aux  projets tutorés et aux stages. La professionnalisation implique aussi un mode d’encadrement  particulier (tuteurs, encadreurs etc..).

Bref, il est souhaitable de proposer  à nos experts et à nos dirigeants d’explorer, d’identifier  et d’examiner  ensemble les stratégies les plus efficaces pour améliorer les cursus, la gouvernance, la transparence et la responsabilisation des différents acteurs de l’enseignement supérieur en Tunisie.

L’objectif est de mettre en place un  système de régulation de qualité et  un système de pilotage de la performance à l’aide des nouvelles technologies de l’information et de renforcer l’autonomie et les capacités de gestion des institutions.

Dès le début des années 1980, Burton Clark développait une approche analytique appelée « triangle de Clark » pour modéliser les différents types de gouvernance des universités: (l’Etat, les oligarchies académiques et le marché).

L’implication de plus en plus fréquente de nouveaux opérateurs, supranationaux, intergouvernementaux et  non gouvernementaux dans les politiques d’enseignement supérieur a rendu  le modèle de Clark obsolète.
Parmi les  nouveaux opérateurs supranationaux on cite l’UNESCO, le Fond Monétaire International, la Banque Mondiale, et l’Union européenne.

Dans les années 1970, l’Australie a développé son  modèle appelé l’OSC (Overseas Student Charge), fondé strictement sur une approche économique considérant l’enseignement supérieur comme une industrie d’exportation.

Plus récemment, d’autres  travaux ont prôné d’autres approches analytiques des politiques d’enseignement supérieur avec une extrapolation du modèle de Clark pour des orientations internationales au niveau systémique et macroéconomique.

Au début des années 90? le modèle européen est né : c’est un modèle qui est basé sur une volonté politique des pays membres « celui du rapprochement de la jeunesse des divers Etats membres pour construire un avenir commun ».

Ce modèle est articulé autour d’un processus d’harmonisation qui est centré sur la mobilité des étudiants et sur la mise en place de la reconnaissance des diplômes.

Comme réponse aux problèmes rencontrés par les universités pour l’harmonisation des parcours universitaires, l’Europe a adopté  le « Système de Crédits Transférables » (ECTS) et  le système LMD (Licence, Master et Doctorat), pour les niveaux (bac+3,+5,+8) avec des parcours cohérents.

Le système de Crédits Transférables fonctionne par capitalisation avec un  passage d’un calcul en nombre d’heures de cours à une prise en compte de la charge de travail global de l’étudiant.

Cette politique de mobilité européenne a généré le système Erasmus qui a évolué par  l’élargissement vers d’autres pays du monde « Erasmus mundus ».

Les modèles développés par l’UNESCO, l’Agence Universitaire de la Francophonie et l’Agence Canadienne de Développement International, sont des  modèles axés sur des logiques de développement.

Un nouveau modèle est en train de se dessiner pour les décennies à venir : celui des pays dits du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud) précédemment appelé BRIC permettant le  transfert du centre de gravité de la coopération internationale en matière d’enseignement supérieur et de recherche de l’Atlantique vers le Pacifique. Selon le FMI,  les pays du BRIC devraient assurer 61 % de la croissance mondiale en 2015.

A l’heure de la mondialisation et de l’économie du savoir, la plupart des réformes de l’enseignement supérieur dans le monde qu’il  s’agisse d’Erasmus ou de processus de Bologne , du  BRIC (Brésil, Russie, Inde , Chine et Afrique du sud ), de l’OSC (Overseas Student Charge) et du fameux classement  de Shanghai sont tous guidées par le souci de répondre aux défis de l’internationalisation.

Bref, la globalisation semble devenir l’horizon incontournable de l’enseignement supérieur.
En Tunisie, les pistes à explorer et les vraies questions qu’on devrait poser à nos gouvernants sont :

1. Quel est le rôle du ministère de l’enseignement supérieur : operateur ou régulateur ?
2.  Comment utiliser les mécanismes de régulation, notamment en ce qui concerne la reconnaissance des qualifications et la validation des acquis et des diplômes ainsi que des mécanismes d’assurance qualité pour garantir la transparence, l’efficacité et la liberté réelle de choix de tous les citoyens ?
3. Comment concevoir les libertés académiques et l’autonomie universitaire.
4. Comment financer équitablement l’université ?
5. Face à l’investissement privé dans le secteur de l’enseignement supérieur comment l’autorité de tutelle peut rester dépositaire de l’intérêt général.
6. Quelles sont les parts du marché visé  « national » et « l’international ».
7. Comment développer le « Partenariat Public – Privé  PPP » à la conquête de l’international en  considérant l’enseignement supérieur comme une industrie d’exportation.
8. Comment mobiliser et partager les ressources afin d’informer le citoyen  sur le contenu, la qualité et la pertinence de tous les types d’enseignement en Tunisie, de manière à ce que chacun  puisse choisir en connaissance de cause l’offre la plus appropriée ?
9. Comment renforcer le partenariat multi-acteurs, et la collaboration entre les différentes autorités publiques privées et instances internationales, en y associant la société civile et les organisations professionnelles, en vue de permettre aux gouvernements de se doter des moyens législatifs et règlementaires facilitant une régulation efficace.

Selon les experts de  l’UNESCO, « l’absence de régulation ou une régulation insuffisante par les pouvoirs publics des services de l’enseignement supérieur peut engendrer des coûts plus élevés pour la communauté publique  pour une qualité et une pertinence moindres et, par conséquent, accroître les inégalités économiques, sociales et culturelles entre les individus et compromettre ainsi l’accès équitable des citoyens aux biens publics que sont l’éducation et la formation ».

Le pilotage de l’enseignement supérieur et de la recherche c’est l’axe primordial et l’enjeu majeur de l’économie du savoir comme en témoigne plusieurs modèles internationaux : le modèle européen, le modèle  australien et tes autres ont les mêmes constantes suivantes :

• L’ajustement de l’enseignement supérieur aux normes du marché international à l’heure de la mondialisation et de l’économie du savoir.
• Développer les mécanismes de gouvernance des universités et le pilotage de la performance.
Ce constat étant effectué, la Tunisie doit esquisser les contours d’un véritable système d’information public pour l’enseignement supérieur capable de piloter la performance « à la carte », et qui synthétise  toutes les informations utiles aux étudiants, aux chercheurs, à l’ensemble des acteurs du monde universitaire, aux pouvoirs publics ainsi qu’aux entreprises.

Ce système d’information doit être modulaire, harmonisé et communicant avec tous les acteurs du monde universitaire.

Mais Il est vrai aussi, qu’évaluer l’enseignement supérieur  est une tâche complexe, car ce secteur  répond à des objectifs multiples qui ne sont pas tous facilement mesurables.

Ainsi les normes de qualité, reconnues de manière universelle doivent être le pivot de la réforme du système à tous les niveaux, et ce, en tenant compte de la réalité nationale ou locale.

Nejib Belhabib

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *