La Cyber-société et l’économie collaborative à l’Horizon 2020: Comment s’y préparer?

La Cyber-société et l’économie collaborative à l’Horizon 2020: Comment s’y préparer?

OPINIONS – 10.05.2016

http://www.leaders.com.tn/article/19723-la-cyber-societe-et-l-economie-collaborative-a-l-horizon-2020-comment-s-y-preparer

La Cyber-société et l’économie collaborative à l’Horizon 2020: Comment s'y préparer?

Une compétition économique redoutable devrait avoir lieu dans les prochaines années, non seulement pour la maîtrise de la production et de la distribution, mais aussi pour le partage de la valeur entre acteurs économiques traditionnels et nouveaux venus issus du secteur numérique.

Que pouvons-nous attendre des horizons 2020?

Même le monde de la science et des technologies, supposé plus rationnel, s’est montré riche en surprises depuis la révolution numérique.

On prédit  à l’horizon 2020, un marché dynamique qui sera mis en place, centré sur l’innovation technologique autour des objets Intelligents et connectés, de la robotique et de l’impression 3D  dans tous les secteurs: Environnement, énergie, agriculture, Défense, Aérospatial, Automobile, Médical et santé, Bâtiments intelligents & Domotique, Robotique et machinerie industrielle et Télécommunications
Personne ne sait quels miracles technologiques apparaîtront au passage de ces changements, ou comment les découvertes et l’innovation changeront nos modes de vies, mais l’on est  certain qu’elles seront fondamentales et les experts sont unanimes sur la manière de se préparer.

La nouvelle économie sera centrée sur le concept de l’Innovation ouverte ou Open Innovation promise  par Henry Chesbrough, professeur et directeur du Center for Open Innovation à Berkeley : C’est un mode d’innovation fondé sur le partage, la coopération entre les opérateurs économiques, à la fois compatible avec une économie de marché (via les brevets et licences) et avec l’Intelligence économique.
Cette approche permet aussi des démarches fondées sur des alternatives éthiques, solidaires, équitables et fiables   dans un esprit dit « ODOSOS » (qui signifie : Open Data, Open Source, Open Standards).
On modélise cette approche par le Schéma suivant:

C’est une stratégie d’optimisation des coûts par un processus global collaboratif à travers les réseaux de  partage.
Les individus qui s’engagent dans ces pratiques cherchent à réaliser des actions de façon plus rapide, moins coûteuse ou plus satisfaisante.
Les nouvelles technologies sont pleines de potentialités, elles vont permettre de décupler les capacités de production par le partage.
Avant d’aborder notre vision pour la Tunisie, il est nécessaire de faire le point sur un ensemble de termes par la définition de ces concepts:

Crowdfunding ou  Financement Participatif

Le crowdfunding, qu’on pourrait traduire par le financement par la foule, c’est une plateforme internet collaborative ou un site de  collecte des fonds en ligne.
Le financement participatif est en plein boum : En 2015, en Europe le marché aurait dépassé les 7 milliards d’Euros, en France les plateformes de crowdfunding ont collecté 296.8 millions d’euros avec un taux d’augmentation de 50% chaque année.

Le Royaume-Uni est le plus grand pays européen pour le financement alternatif avec 2,34 milliards d’euros.

Open-source software

L’open source software, ou «code source ouvert», s’applique aux logiciels dont la Licence respecte les critères établis par l’Open Source Initiative, c’est-à-dire les possibilités de libre redistribution, d’accès au code source et de création de travaux dérivés.
Mis à la disposition du grand public, ce code source est généralement le résultat d’une collaboration entre programmeurs.
L’étude FLOSSIMPACT a montré, en 2006, que les entreprises qui contribuent au code de projets de logiciels libres et open source ont, au total, au moins 570 000 employés et un chiffre d’affaires annuel de 263 milliards d’euros.

Open Source Hardware (OSHW)

L’Open source hardware  est un “Hardware” réalisé publiquement et disponible de manière à ce que n’importe qui puisse étudier, modifier, distribuer, créer et vendre un “design” ou un produit basé sur ce hardware.

Idéalement, l’open source hardware utilisera des composants et matériaux facilement approvisionnés, des procédés de fabrication standardisés et normalisés, des infrastructures libres, des contenus libres de droit et des outils de design “Open-source” pour maximiser la possibilité donnée à d’autres de concevoir ou utiliser un produit hardware.

Il en existe dans tous les secteurs : Électronique comme Arduino , Téléphonie mobile OpenMoko et Osmocom, Imprimante 3D MakerBot,  Console de jeux vidéo : GP2X, Pandore DOGS ,Uzebox, Camera : Apertus, Xue Franken camera , des voitures libres : Wikispeed et  Tabby d’ OSVehicle, des meubles open source, que vous pouvez couper dans n’importe quel atelier fab lab de bois près de chez vous, puis assembler, des open mob et même de l’open Cola.

Open-Labs ou Fab lab

L’open Labs est un lieu ouvert au public où il est mis à sa disposition toutes sortes d’outils, notamment des machines-outils pilotées par ordinateur, pour la conception et la réalisation d’objets.
Concepts développés par Massachusetts Institute of Technology (MIT),Ils s’adressent aux entreprises, aux designers, aux artistes, aux bricoleurs et aux étudiants.

Les fab labs sont un réseau mondial de laboratoires locaux, qui rendent possible l’invention en donnant aux individus accès à des outils de fabrication numérique.

Les concepts et principes fondamentaux sont le partage de l’usage et la mise en réseau des outils de fabrication numérique : « fraiseuse de précision ,découpeuse laser , découpe vinyle ,  Imprimante numérique impression et découpe Eco-Solvant , Imprimante UV , imprimante 3D  ,  découpeuse plasma , découpeuse à jet d’eau, scie sauteuse , scie à ruban , ponceuse , perceuse à colonne , machine à produire des circuits imprimés » cette liste n’est pas limitative.

On en trouve aux États-Unis ,en Europe,  en Afrique (Ghana, Kenya, Afrique du Sud , Tunisie à l’INIT), au Costa Rica ou en Afghanistan. On y produit des colliers émetteurs Radio pour les troupeaux de rennes norvégiens, des pompes à eau, des turbines à vapeur, des instruments agricoles, des antennes paraboliques à haut niveau de gain, des turbines à vapeur, des purificateurs d’eau …
D’autres types d’ateliers ont émergé comme les TechShops accessibles sur abonnement (TechShop est une marque américaine) ; les membres ont un accès à des machines numériques , ainsi qu’à une équipe d’experts « les Dream Consultants »

Le premier TechShop français est  ouvert   en région parisienne en octobre 2016 par la chaîne de magasin spécialisé dans le bricolage et le jardinage «Leroy Merlin» espace de fabrication numérique de 2000 mètres carrés;  les clients d’Ivry auront accès libre  à un million de dollars de machines.
Le clients ont accès aux classiques imprimantes 3D, découpeuses laser et scies numériques; il y aura aussi une découpeuse à eau, de la soudure à l’arc, des salles de peinture pressurisée, des ordinateurs avec des logiciels de design 3D.

Ce premier  TechShop européen a été ouvert en octobre 2016, un deuxième est programmé pour la fin 2016 de 2400 m2 dans la région de Lille en partenariat avec l’Université Catholique de Lille et Euratechnologies pour un investissement de 3 millions d’euros.Aux états unis d’Amérique il en existe huit TechShop.

Les économies collaboratives et de partage investissent de nouveaux domaines chaque jour: c’est une nouvelle révolution  en marche.
Il existe d’autres formes : les bio-hackerspaces ou bio-hacklab dédié aux vivants et  aux biotechnologies.

Crowdsourcing & Opensourcing

Le crowdsourcing, ou externalisation ouverte ou production participative :
C’est l’utilisation de la créativité, de l’intelligence et du savoir-faire d’un grand nombre de personnes, en sous-traitance, pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur.Ceci se fait par un appel ciblé (quand un niveau minimal d’expertise est nécessaire) ou par un appel ouvert à d’autres acteurs.
Le travail est souvent rémunéré.

Il peut s’agir simplement d’externaliser des tâches ne relevant pas du métier fondamental de l’entreprise, ou de démarches plus innovantes.
C’est un des domaines émergents de la gestion des connaissances.

Aujourd’hui nous voyons émerger l’open source dans tous les secteurs et il est possible de concevoir des voitures open-source, des avions open source ,des tracteurs open source, des bateaux open source des robots open source…

La voiture open-source, créée à Seattle, aux Etats-Unis, par  communauté Wikispeed : modulable à souhait, fiable et peu gourmande en carburant, son prix est abordable et il est même possible de la construire soi-même.

L’idée de cette dynamique collective ouverte,est de partager le savoir, de l’enrichir, de le compléter, d’en faciliter la reproduction et la progression en jouant sur la créativité de chacun et la transparence du groupe.

L’obstacle, c’est que « les politiques n’ont pas de vision industrielle de cette question « .

En ce sens, la logique n’est pas anticapitaliste en opposition au capital, mais dans une dynamique collective, régulée et ouverte.

Bref, cette économie s’applique « à tous les secteurs aussi bien les transports que le bâtiment, l’agriculture, l’énergie ou encore les biens de consommation.. Elle passe d’une logique sectorielle à une logique globaliste et fait évoluer nos repères scientifiques, technologiques, économiques et financiers.

Un exemple ? « Dans le champ énergétique, j’ai un moulin ou  Je 300 m2 sur mon toit panneaux photovoltaïque (solaire).Je peux revendre sur le réseau électrique  3-4 fois ma consommation à domicile.
L’idée est que toute personne ayant un accès à Internet, peut télécharger les plans d’un produit , d’un objet , d’une machine ,  construire son propre modèle dans un fablab , TechShop ou  bio-hacklab ,le financer par un crowdfunding ,  tester, améliorer la conception et le republier sur internet.

Si vous n’y croyez pas et  vous pensez qu’il s’agit simplement  d’un groupe d’idéalistes fous ayant perdu le sens des réalités, vous devriez y réfléchir sérieusement ; Réveillez-vous ! car la vraie révolution  est déjà là. C’est un modèle économique cohérent, vivable et rentable.

La stratégie pour que la Tunisie soit pleinement actrice de cette révolution, c’est de sensibiliser, de développer et préparer notre économie par l’ouverture et non par les barrières et les instruments protectionnistes.

Il faut encourager la recherche et  l’expérimentation, créer des plateformes ouvertes dédiées  pour l’internet des objets, la robotique, la biotechnologie..etc. Nous devons  soutenir les industriels dans la standardisation de leurs produits technologiques et renforcer leurs relations avec l’Université Tunisienne  pour l’intérêt de notre économie.

Nejib Belhabib
Expert, Consultant en Télécommunication
Président de SUPTECH, vice président de l’association ADRI
Membre fondateur de la Fédération Euro-méditerranéenne
de l’enseignement et de la recherche

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