Ressources et amélioration génétique de l’olivier : État des recherches en Tunisie

Ahmed Trigui

Docteur d’Etat, Directeur de Recherches

Institut de l’Olivier, BP 208, 1082 Tunis (Tunisie)

Mail : trigui.ahmed@ iresa.agrinet.tn

Résumé : L’amélioration variétale de l’olivier a été initiée à partir de l’étude des ressources génétiques autochtones, elle a permis la connaissance du patrimoine national, sa caractérisation, sa conservation et son amélioration génétique en vue de sa valorisation.

La prospection minutieuse a permis de mettre en évidence la richesse inouïe du patrimoine oléicole, de caractériser des Types Locaux très intéressants, de décrypter l’homonymie de la variété-peuplement Chemlali et de caractériser ses homonymes.

L’amélioration génétique par croisement dirigé a été opérée en vue de l’amélioration des performances de la Chemlali Sfax (qualité de l’huile) en incluant des pollinisateurs performants étrangers et tunisiens ainsi que des types locaux intéressants.

Les obtentions variétales ont fait l’objet d’une conservation en vue de l’étude (en cours) des potentialités de cette richesse variétale (naturelle et obtenue par croisements dirigés). Leur suivi a permis de déceler certains nouveaux cultivars qui présentent une adaptation aux conditions locales et/ou des qualités (précocité de l’entrée en production, importance quantitative de la production, grosseur des fruits, rapport pulpe-noyau, taux de matières grasses et qualité de l’huile) assez intéressantes, parfois meilleures que celles des Cv dominants propagés et commercialisés.

Les résultats de l’étude des potentialités des cultivars (et types locaux) sélectionnés et/ou améliorés orienteront le choix et la sélection des types performants en vue de leur valorisation dans les conditions tunisiennes.

Mots clés : olivier, Tunisie, ressources génétiques, amélioration, sélection variétale, étude des potentialités, valorisation.

I- Introduction

Le patrimoine génétique oléicole international est très riche en variétés d’olivier (Olea europaea L.), cultivées et spontanées, richesse souvent peu connue dans les détails, que masque la dominance de quelques ensembles génétiques propagés par les agriculteurs appelés “variétés cultivées” ou “cultivars”. La sélection végétale naturelle et/ou induite (intervention de l’homme pour créer et/ou sélectionner des types répondant à ses exigences) a été exploitée pour satisfaire les producteurs et/ou les consommateurs.

Si la sélection et l’action de l’homme ont considérablement amélioré les caractéristiques agronomiques (vigueur, productivité, grosseur des olives et/ou teneur en huile), elles ont abouti à l’abandon d’une multitude de variétés et à l’émergence des cultivars connus souvent

pour leur adaptation aux milieux de culture où elles ont été sélectionnées et surtout la facilité de leur propagation ou la disponibilité du matériel végétal.

Mais la satisfaction des besoins aussi bien quantitatifs que qualitatifs sans cesse croissants a été à l’origine des programmes de sélection variétale et d’amélioration génétique, oeuvres continues nécessaires pour plusieurs raisons :

♦ La nécessité de répondre aux besoins alimentaires sans cesse croissants créés par l’expansion démographique nationale et mondiale ;

♦ La recherche constante d’une amélioration de la production agricole;

♦ La modification incessante des objectifs de sélection (et d’amélioration) due à l’évolution des contraintes technico-économiques, des exigences des consommateurs de la production et des transformateurs (amélioration de la qualité aux plans nutritionnels et organoleptiques, recherche du profit) ;

♦ La remise en cause du niveau d’adaptation des variétés existantes se traduisant par une “érosion génétique” qui varie selon l’importance de la biodiversité génétique présente.

Or, pour opérer une sélection variétale pour l’un des objectifs précédents, il faut toujours revenir à la source cad au patrimoine génétique oléicole local et national et procéder à une sélection variétale et/ou à une amélioration génétique.

C’est à cet effet qu’un programme de recherche sur les ressources et l’amélioration génétiques est mis en place en vue de :

♦ La connaissance de la diversité du patrimoine ;

♦ L’étude de la variabilité inter et intra variétale ;

♦ L’étude des potentialités des cultivars locaux intéressants en vue d’une sélection variétale éventuelle et d’une valorisation des cultivars et types locaux (souvent peu connus) ;

♦ La conservation du patrimoine et son enrichissement à travers l’amélioration génétique : l’olivier a fait l’objet de peu de progrès en la matière.

La multiplication de l’espèce étant assurée presque exclusivement par reproduction asexuée (à base de matériels assez divers : boutures ligneuses ou semi-ligneuses, souchets ou plants greffés sur plantules issues de semis), son amélioration s’est basée empiriquement sur une sélection conservatrice des variétés et des clones qui ont été perpétués sans variation génétique, à l’exception d’éventuelles mutations.

II – L’amélioration variétale : Problématique

L’exploitation traditionnelle du patrimoine génétique national, œuvre de pépiniéristes et oléiculteurs pionniers s’est limitée aux oliviers à huile : la “Chetoui” (au Nord) et les “Chemlali” (confondues au Centre et au Sud), alors que, prospectée dès 1984, l’oliveraie (dont les deux tiers se trouvent localisés en milieu aride et semi-aride) s’est avérée d’une richesse génétique inouie (variabilité inter-variétale) englobant  une multitude de cultivars autochtones et locaux, conservés in situ par les oléiculteurs mais ignorés par les pépiniéristes.

Par ailleurs, tenant compte des exigences de plus en plus restrictives du marché de l’huile et du consommateur, les recherches sur l’amélioration et la sélection (variétale ou clonale) visent la

valorisation du patrimoine variétal autochtone et son enrichissement à travers l’amélioration génétique, outre la conservation de la biodiversité nationale et sa préservation d’une érosion menaçante (urbanisme, sécheresses répétées et arrachage).

La Tunisie est un pays producteur d’huile d’olive, les contraintes majeures de la durabilité de son oléiculture sont l’aridité (plus des deux tiers des plantations), la qualité du produit et la rentabilité du secteur dans le contexte tunisien. De ce fait, l’amélioration des performances de l’olivier, objet de nos travaux, est devenue une priorité nécessitant la recherche -au sein du patrimoine national- d’un cultivar performant (issu d’une sélection variétale ou d’une amélioration génétique) présentant une adaptation aux conditions locales et/ou des qualités (précocité de l’entrée en production, importance quantitative de la production, grosseur des fruits, rapport pulpe-noyau, taux de matières grasses et qualité de l’huile) assez intéressantes, meilleures que celles des Cv dominants propagés et commercialisés.

III– Recherches sur les ressources et l’amélioration variétale en Tunisie

La Tunisie, ayant été le carrefour de beaucoup de civilisations (phénicienne, romaine, arabo-musulmane,…) a bénéficié de leur apport pour enrichir un patrimoine oléicole peuplant une oliveraie établie grâce aux modes de conduite et aux techniques culturales traditionnellement mises au point et un savoir- faire local adapté L’extension de cette culture pluri-pérenne a fait que l’oliveraie tunisienne est dominée essentiellement par les variétés d’oliviers à huile dont la Chetoui au nord et les Chemlali qui s’étendent du Nord au Sud, alors que les cultivars locaux ne sont représentés que partiellement en raison des modes de multiplication adoptés.

L’importance quantitative des “Chemlali”, variété-peuplement vigoureuse et à petits fruits (Trigui, 1987 ; Trigui, 1993 ; Trigui et Msallem, 2001) semble s’accentuer pour dépasser la moitié de

l’effectif. Elle est due à une sélection d’un matériel végétal dont l’adaptation aux conditions arides a été à l’origine de son extension spatiale vertigineuse qui se poursuit malgré l’évolution des exigences aussi bien de l’oléiculteur (rentabilité) que du consommateur (qualité de l’huile).

A cet effet, les recherches multidisciplinaires entamées ont pour objectifs : la connaissance de la richesse du patrimoine oléicole tunisien, l’étude de ses potentialités agronomiques et technologiques et la conservation du patrimoine en vue d’une valorisation adéquate et d’une gestion raisonnée des ressources autochtones et locales.

L’étude de la richesse du patrimoine oléicole s’appuie, depuis 1984 sur une méthodologie à étapes allant de la prospection de l’oliveraie tunisienne, à l’étude de sa variabilité génétique, l’identification et la caractérisation variétales, la conservation, l’étude des potentialités des cultivars intéressants, le choix judicieux et la valorisation d’un matériel végétal autochtone performant, adapté aux conditions locales, sélectionné si possible et amélioré au besoin.

A – Sélection Variétale au sein du Patrimoine Oléicole National :

L’oliveraie des zones traditionnellement oléicoles constitue une source intarissable de matériel génétique intéressant, dominé au Sud par la population “Chemlali” ayant montré une adaptation remarquable (développement et production) dans les conditions du milieu de culture assez varié (de Nabeul au Nord à Tataouine au Sud).

Les prospections effectuées depuis 1984 font apparaître une diversité et une richesse inouies de l’oliveraie tunisienne en cultivars locaux mais occultées par la dominance des plus connus jusqu’à lors dont ceux à olives à huile : Chemlali et Chetoui, les plus dominantes en raison de l’option prise par la Tunisie pour la production de l’Huile (plus de 90% des plantations). La confusion régnant dans les appellations locales (homonymie très fréquente) fait que Chemlali désigne dans le sud les petite olive (Trigui, 1987 ; Trigui, 1996 ; Trigui et Msallem, 2001).

A 1 – Etude, caractérisation et sélection variétale :

1- Matériels et méthodes

Les prospections effectuées au Sud depuis 1984 ont permis de procéder à une caractérisation morpho-pomologique basée sur la méthodologie adoptée par le Conseil Oléicole International (Projet RESGEN et Catalogue Mondial des Variétés d’Olivier), issue de celle adoptée antérieurement par la FAO (1980).

Plus de 35 caractères distinctifs primaires sont pris en considération dont 20 se sont avérés des plus fiables se rapportant notamment : au noyau (8), au fruit (8), à la feuille (1) et à l’arbre (3), alliant description et quantification.

2- Résultats

La caractérisation morpho-pomologique du patrimoine oléicole du Sud Tunisien a permis de déceler :

2.1. Une variabilité inter-variétale dont l’étude a abouti à la caractérisation et l’authentification de

♦ a- Une panoplie de variétés à diffusion régionalisée dont Chemchali Gafsa, Zalmati Zarzis, qui abritent elles-mêmes, les variétés dominantes, …

♦ b- Une multitude de cultivars autochtones locaux à diffusion plus restreinte dont : Zarrazi, Toffahi, Fakhari, Barouni Sousse, Oueslati Kairouan, Jemri, Gemri Dhokar, Baldi, Tounsi, etc…

identifiés, authentifiés et caractérisés, peu connus jusqu’à lors, appréciés localement pour leurs développement et production notamment en milieux semi-aride et aride ;

♦ c- Beaucoup de types locaux confondus jusqu’à présent avec les variétés dominantes qui les masquent en raison d’une représentation peu perceptible, : Dhokar, Injassi, Mlouki, Jeddari, etc… : ils développent en milieux déshérités une végétation parfois importante et une production appréciable dont la valorisation est possible.

2.2. Une variabilité intra s’avérant inter variétale

On a toujours dénommé improprement (en Tunisie et ailleurs) comme Chemlali toute petite olive souvent destinée à la production de l’huile: l’étude approfondie de cet amalgame nous a permis de distinguer les différentes Chemlali et de montrer qu’elles font l’objet d’homonymie et de synonymie non fondée scientifiquement.

En prenant la Chemlali Sfax comme référence, on a pu caractériser une multitude de Chemlali qui s’en distinguent par tout ou partie importante des caractères distinctifs primaires (confirmés par ailleurs par la composition acidique de leurs huiles).

Il s’agit notamment de celles décelées à Tataouine, Zarzis, Chouamekh, Gafsa, Jerba, Djebeniana, etc.

Malgré l’âge avancé des arbres, leur adaptation au milieu aride et leur résistance aux aléas de la sécheresse sont largement prouvées. Ils constituent une richesse génétique quantitative et qualitative indéniable et présentent des caractéristiques dont la variation et la diversité sont à l’étude.

L’aboutissement de ce premier volet du programme de recherche entrepris est matérialisé par l’édition d’un catalogue variétal illustré intitulé : Oliviers de Tunisie : Variétés Autochtones et Types Locaux (volume 1), élaboré pour rendre compte des caractéristiques morpho-pomologiques d’une cinquantaine de variétés et de types locaux tunisiens caractérisés, décrits et authentifiés. Cet ouvrage à l’attention des utilisateurs potentiels permettra de préciser la carte de répartition de la richesse variétale de la Tunisie.

2.3. Une Variabilité intra-variétale

Les observations et le suivi du comportement et de la production de l’oliveraie ont permis de relever qu’au sein de la variété Chemlali Sfax les plants présentent un comportement et une production très hétérogènes.

La “Chemlali de Sfax” dont l’adaptation au milieu aride est prouvée, et dont la productivité et la teneur en huile de ses fruits comptent parmi les meilleures a fait l’objet d’une sélection clonale. Cette sélection conservatrice de la Chemlali de Sfax nous a permis de retenir 37 clones sélectionnés pour leur performance (Khlif et Trigui, 1986 ; Trigui et Khlif, 1992), multipliés et regroupés (dès 1992) dans un verger de comportement avec d’autres de la Forêt d’olivier de Sfax.

Leurs suivi et étude comparée montrent d’abord que l’hétérogénéité phénotypique se caractérise par un développement, une production plutôt quantitative et une alternance fluctuante qui méritent d’être suivis davantage. Des travaux analogues sur d’autres cultivars sont en cours.

A3- La conservation du patrimoine : une étape indispensable pour la conservation, la sélection et l’amélioration :

-La conservation des variétés locales a été souvent assurée in situ par les oléiculteurs, en raison d’un développement, d’une production et/ou d’une adaptation aux conditions des milieux et ex situ dans des collections variétales : celles de Tunisie (Trigui, 1994, 2001) comptent essentiellement des variétés étrangères et peu d’autochtones ;

-C’est à l’effet de la conservation de la biodiversité autochtone et locale qu’un Conservatoire National de l’Olivier est installé dès 1990 à Boughrara (40 km de Sfax, sud Est de la Tunisie), à une densité de 104 pieds à l’hectare (contre 17, densité traditionnelle). Il compte plus de 100 cultivars (autochtones et étrangers) et types locaux tunisiens groupés sur ce site (221 accessions que représentent 594 pieds présents à ce jour), il s’agit de : 48 Variétés étrangères, 30 Variétés tunisiennes et plus de 30 types locaux tunisiens (parmi une centaine à l’étude) dont essentiellement ceux retenus au Sud après caractérisation, sélection et présentation partielle au catalogue variétal, ….

L’étude des Potentialités des Cultivars et la Sélection Variétale : le suivi du développement et de production des cultivars (autochtones et étrangers) et types locaux, se poursuit. Les résultats préliminaires font apparaître que des variétés telles Chemchali Gafsa, Dhokar Tataouine, Toffahi, Mlouki ont des potentialités meilleures que celles de Chemlali Sfax largement propagée dans le sud.

B – Amélioration génétique :

L’amélioration génétique par croisements dirigés de la Chemlali Sfax et la Chetoui (variétés à huile) et la Meski (variété d’olive de table) a été envisagée.

1- La problématique posée par ces variétés est multiple et spécifique (Trigui et Msallem, 1995, 2001 ; Trigui et Fiorino, 1995). Notre travail s’est limité à la “Chemlali Sfax” (Trigui, 1994-2001, Trigui et Msallem, 1995) qui est la variété d’olivier à huile la plus répandue en raison de son adaptation. Ses qualités intrinsèques : vigueur, productivité et taux d’huile ont été à l’origine de son extension (plus du tiers de l’oliveraie tunisienne). Son huile est figeable mais appréciée pour ses caractéristiques organoleptiques et gustatives. Ce pendant elle pose le problème d’une composition acidique dont l’amélioration s’impose.

L’amélioration génétique par croisement dirigé a été envisagée pour atteindre les objectifs visés tout en conservant les qualités connues des cultivars.

2- Matériel et méthodes : Les travaux d’amélioration génétique par croisement avaient débuté en 1989 (Chemlali de Sfax) par une mise au point méthodologique (Trigui, 1994 a et b), et se sont poursuivis dans le cadre du Projet AGO (COI/FCPB) en incluant des pollinisateurs qui répondent le mieux à nos objectifs.

Sur les arbres (porte-graines et pollinisateurs) choisis pour la réalisation du programme sont étiquetés bien avant le stade bouton vert, cinq à dix grandes unités (dépassant le mètre chacune et formées de plusieurs unités secondaires fructifères), représentant chacune une répétition et/ou un scénario (mode de pollinisation : rameau entier, fleurs et pollen frais ou conservé et qualité des sachets transpirants).

Chaque arbre porte graine reçoit donc une seule variété pollinisatrice.

Outre les types variétaux locaux performants choisis comme pollinisateurs, ont été inclues des variétés étrangères dont : Koroneiki, Picholine du Languedoc, Sigoise, Sabine, Coratina, Arbéquina,

Manzanilla et tunisienne Chemchali.

L’amélioration génétique par croisement de la Chemlali Sfax s’est déroulé sur 4 sites : Boughrara et le verger du Siège de l’Institut (Chemlali de Sfax comme porte-graines), à Ksar Ghriss et à El Hicha

(pollinisateurs et croisements réciproques).

La méthodologie relative à la “fécondation croisée contrôlée” (Trigui, 1993, 1994 et 1995) consiste à procéder dès le stade floral bouton vert, au traitement de tous les arbres porte-graines et pollinisateurs contre les principaux ravageurs et au comptage des grappes florales et des fleurs, puis à l’ensachage des unités choisies (porte graines et pollinisatrices). Trois répétitions au moins sont faites durant la pleine floraison et les sachets sont enlevés un mois après la pleine nouaison.

Par ailleurs, le suivi régulier a permis de contrôler la phénologie et la biologie florale des arbres choisis, l’évolution des chutes des grappes, des fleurs et des fruits jusqu’à la récolte et de déterminer les pourcentages de nouaison et les taux de fructification comparée compte tenu de l’influence des conditions du milieu (température, pluviométrie et vent) sur le déroulement de l’opération

3- Résultats

Les croisements réalisés sur Chemlali Sfax depuis 1989 ont porté sur des millions de fleurs et permis l’obtention de plus de 500 000 fruits qui, après dénoyautage, germination des amandons, élevage et acclimatation en serre, ont donné plus de 2000 plants dont 1400 en vie (Trigui et Msallem, 1995, 2001 ; Trigui et Fiorino, 1995). Ils ont été plantés progressivement dès 1997 à la densité de 1250 pieds à l’hectare (écartement de 2m x 4 m) dans deux vergers de comportement pour la conservation et l’évaluation de leurs potentialités réelles (dont la production) : le verger au siège de l’Institut de l’Olivier à Sfax compte 155 descendants et celui à Taous compte 405 descendants issus de croisements AGO sur un total de plus de 1300 (autres croisements antérieurs et postérieurs à la période1994-1996).

En raison des difficultés inhérentes à la gestion (irrigation d’appoint dès la plantation en 1997 jusqu’en 2001 : équipement en goutte à goutte), le développement et la mise à fruit ont pris du retard.

L’étude des potentialités est en cours et la caractérisation se fait au fur et à mesure de l’entrée en production des plants.

Le suivi des descendants de ces croisements a permis de relever que :

♦ Les descendants sont de vigueur, d’architecture et de développement très diversifiés. L’étude des potentialités porte sur la vigueur, le développement végétatif et reproductif, la précocité

de l’entrée en production, l’importance de la floraison, de la nouaison et de la fructification ;

♦ L’hétérogénéité des caractères distinctifs de tout ou une partie des descendants est partielle ou totale chez ceux issus des mêmes croisements et la diversité de leur comportement : port (architecture), levée de la juvénilité, précocité de l’entrée en production, importance quantitative et qualitative de la production est remarquable.

Les obtentions qui se sont distinguées à ce jour sont celles groupées au siège de l’IO, descendant des croisements Chemlali Sfax par Koroneiki, Coratina, Chemchali, Souri et les croisements réciproques.

Certains plants (du même verger) ont dépassé les 4 mètres de hauteur (dont un non encore entré en production), d’autres (en nombre réduit certes) ont manifesté un développement reproductif (premières fleurs et quelques fruits) dès 1999-2000.

En 2001-2002, le nombre de plants en fleurs augmente et les records de production obtenus ont été de 13 kg 10 et (notamment chez les descendants des deux variétés très productives en Tunisie Chemlali Sfax par Koroneiki et réciproques pour le nombre de grappes et de fruits par grappe).

Quant à la qualité du produit, le gain en volume (comparativement par rapport à la Chemlali Sfax, ayant un fruit de 1 g en moyenne) est substantiel, alors que le taux de la matière grasse, la qualité de l’huile et sa composition acidique (en cours d’étude) est très variable : des répétitions dans le temps sont nécessaires pour valider les résultats préliminaires obtenus.

La caractérisation primaire adoptée par le COI est suivie en vue de l’édition ultérieure d’un catalogue exhaustif des nouvelles obtentions variétales (cf. rapport illustré des obtentions).

L’évaluation des caractéristiques intrinsèques de leurs produits (fruits et huile : taux de matières grasses et composition acidique des huiles) orientera la sélection des variètésà retenir.

III– Conclusions et perspectives d’avenir

L’amélioration variétale de l’olivier en Tunisie a été initiée en partant de la connaissance du patrimoine oléicole national : prospection, caractérisation, conservation et étude approfondie des potentialités des cultivars autochtones et types locaux (développement, vigueur, production, qualité du produit : olive et huile, productivité, adaptation au milieu)- pour aboutir à une sélection raisonnée et ciblée destinée à en valoriser les meilleurs en évitant l’érosion génétique (conservationdu patrimoine).

Or, l’effort de création de nouvelles plantations et l’intensification(consommatrice de plants) est partout important mais le recourspresque inconditionnel aux variétés dont les plants sont disponiblessur le marché (autochtones et/ou étrangères) est dangereux.

Le potentiel génétique autochtone est souvent peu ou mal connu dans ses détails (potentialités et performances), son exploitation passe inéluctablement par la connaissance du matériel végétal local.

Ainsi, la valorisation des variétés locales s’impose en raison de leurs adaptation et rusticité prouvées (compte tenu des spécificités régionales et locales) sauf si la qualité du produit n’est pas appréciée.

La conservation et la perpétuation de ces types locaux (réalisée in situ par quelques oléiculteurs) passent nécessairement par une prise en compte nationale, la facilitation de leur propagation par les pépiniéristes et l’appui à la création d’unités régionales de multiplication (dotées nécessairement de leur propre parc à bois, identifié, authentifié et certifié).

Le programme de l’amélioration génétique de l’olivier Chemlali Sfax, entamé bien avant le démarrage du projet AGO/COI/FCPB permettra d’enrichir ce patrimoine national et d’orienter la production future compte tenu des exigences du marché et des consommateurs.

Une partie des obtentions qui se sont déjà distinguées a fait l’objet d’une multiplication végétative en vue de l’étude de leur comportement dans des milieux diversifiés, le reste fera l’objet d’un suivi et d’une évaluation agronomique des descendants et de leurs produits en vue de sélectionner les types les plus intéressants répondants au mieux aux objectifs nationaux.

Références Bibliographiques

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Trigui A. et Msallem M., 2001. Oliviers de Tunisie : Catalogue des Variétés Autochtones et des Types Locaux. Edition en cours, 160 p illustrées.

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